mercredi 14 mars 2012

In Memoriam

Ce jour-là, il faisait très beau. J'ai parcouru la soixantaine de kilomètres qui nous séparaient. En arrivant à Carhaix, j'ai suivi les panneaux qui allaient me conduire à toi. Je me suis retrouvée aux portes du cimetière. Un sentiment d'exaltation m'a envahi devant l'imminence du rendez-vous. Notre rendez-vous.Et j'ai commencé à parcourir les allées, à la recherche de ta sépulture.

Toi, Marie Lostanlen, mon arrière-grand-mère paternelle. Je suis la première femme depuis toi dans cette famille d'hommes. Deux fils, puis huit petits-fils, rien que cela. Tes garçons se sont fâchés, un peu à cause de toi. Les histoires d'héritage font voler en éclats les non-dits. Il y avait tant de secrets qui t'entouraient, Marie. Puis ce fut au tour de tes petits-fils de payer le lourd tribut. Je n'ai pas envie de m'étendre. Elle est triste, l'histoire familiale. Comme tant d'autres.

Je suis restée longtemps dans le cimetière, à errer d'une tombe à l'autre. Je ne t'ai pas trouvée. Qu'est-ce que j'étais venue chercher au juste ? Des réponses à mes questions ? Une lien entre nous, moi qui ne t'ai pas connue ? Marie, j'aurais tant voulu cette rencontre. Peut-être pour faire la paix avec notre famille. Mais peut-on faire la paix avec un fantôme ?

Je suis repartie, le coeur un peu serré. Tu as gardé pour toujours tes secrets.
Mais moi je suis là, bien vivante. Et je ne serais pas là sans toi. C'est cela, notre lien.

Marie Lostanlen (12.04.1886 - 03.05.1955)

lundi 12 mars 2012

David CopperCat

Bonsoir,

Je me présente, je m'appelle Calimero (Cali pour les proches). Je suis un chat né sous X, débarqué dans un refuge par des maîtres lassés de ma compagnie. Quand Lucy et moi on s'est rencontrés pour la première fois, j'avais pas vraiment fière allure. Plutôt maigrelet, mes longs poils noirs aux reflets chocolat pas léchés depuis des lustres. J'étais comme qui dirait au fond du trou (de souris). Elle m'a fait plutôt bonne impression, Lucy. Alors quand j'ai vu la caisse de voyage ouverte, j'ai fait ni une ni deux, je suis rentrée dedans. On est partis tous les deux vers ma nouvelle demeure. J'ai été (légèrement) malade dans la voiture. Elle a été très compréhensive. Un bon point pour elle.

Faut pas croire que je me suis laissé amadouer pour autant. Je suis pas un chat facile, moi. Fallait déjà que je reprenne du poil de la bête. Au fil des semaines, j'ai retrouvé figure féline. Je pouvais à nouveau me regarder dans une glace sans miauler d'horreur. Bon, c'est vrai, j'avais encore mes tendances boulimiques. La peur de manquer...

Et puis j'avais du mal à faire confiance à nouveau. On m'avait déjà fait le coup de la séduction et ça m'avait coûté cher. Alors je gardais mes distances. Mais j'ai commencé à apprécier mon chez moi. Pas de jardin, ça c'était bof. Mais un petit nid (d'oiseau) plutôt cosy.

Je me suis mis à la regarder d'un autre œil, ma nouvelle maîtresse. En fait, on se ressemblait assez. Pas envie d'être collés en permanence l'un à l'autre, chacun sa vie. Nos petits moments à nous, on se les est créés petit à petit. A mon rythme. Des séances de jeux, de l'affection sans guimauve, de longues observations réciproques aussi. Un humain, c'est fascinant. ça prend des bains dans une substance mousseuse bizarre, tu mets la patte dessus et ça t'échappe. ça regarde un objet lumineux pendant des heures en tapant sur un clavier, et quand tu marches dessus, tu te fais appeler Jules. ça invite des gens qui veulent te tripoter comme si on avait chassé le mulot ensemble. Je suis pas méchant, mais je m'éclipse dans ces cas-là. Non mais ...

Au terme de plusieurs mois, j'avais réussi à l'éduquer un minimum, Lucy. Je crois que j'ai fait du bon boulot. Elle respecte mon territoire et mes habitudes. J'essaye de lui rendre la pareille.

Voilou... En fait, je profitais d'un moment où elle cause toute seule dans un truc qui sonne pour faire un tour sur ce fameux objet lumineux. Je ne sais pas si des compatriotes me liront. N'hésitez pas à m'envoyer un petit miaou !

Félinement vôtre,
Cali
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jeudi 8 mars 2012

Le bonheur d'etre femme

En cette journée du 8 mars qui célèbre la femme dans le monde entier, quelques chiffres qui parlent d'eux-mêmes. Et il ne s'agit que de la France, hélas.

• Les violences conjugales concerneraient une population de 2 millions de femmes en France (soit une femme de 18 à 59 ans sur 10).

• En 2008, 157 femmes sont décédées, victimes de leur partenaire ou ex-partenaire.

• En France, la violence conjugale tue une femme tous les 2 jours et demi.

• L'Observatoire national de la délinquance a estimé à 636 le nombre de viols conjugaux en 2007.

• 12 % des femmes de 18 à 59 ans, et 22 % des femmes de 18 à 24 ans, sont exposées chaque année à une atteinte ou agression sexuelle (exhibitionnisme, avances sexuelles, insultes à caractère sexuel, attouchements, tentative de viol, viol).

• 50 000 viols sont commis chaque année en France. 90 % des victimes sont des femmes ou jeunes filles. (enquête nationale sur les violences envers les femmes en France).

• Il y aurait en France entre 15 000 et 30 000 prostituées, dont 95 % ont un proxénète.

• Le travail du sexe génère un chiffre d'affaire de 3,5 milliards d'euros, dont 20 % uniquement pour les prostituées.

• On estime à 53 000 le nombre de femmes excisées en France, dont 20 % (environ 10 000 femmes) auraient été excisées sur le sol français.


Chiffres issus du rapport de l'Observatoire national de la délinquance (OND) publié en novembre 2008 et du rapport d'information fait au nom de la mission d'évaluation de la politique de prévention et de lutte contre les violences faites aux femmes (n° 1799 A.N déposé le 7 juillet 2009).

mercredi 7 mars 2012

Bulle d'enfance

Quand arrivent les vacances chez Papy et Mamy, les cousins et cousines se retrouvent avec une joie fébrile. Tellement de choses à se dire et à faire !

- Regarde Antoine, j'ai apporté mon circuit de Formule 1 !
- Et moi j'ai apporté mes épées de chevalier pour faire des combats.
- On pourra jouer avec vous ?
- Non, Émilie, c'est pas des jeux pour les filles.
- Alors on demandera à Papy de nous sortir les trottinettes, et elles seront rien que pour Camille et moi !

L'un des moments privilégiés chez Papy et Mamy, c'est le soir, après le dîner. Le coucou suisse de la cuisine a sonné la demie de vingt heures. Comme ce sont les vacances, on peut traîner plus longtemps avant de se coucher "Mais à 21h30, extinction des feux !" prévient Mamy, avec un air faussement menaçant.

C'est l'heure où dans leurs pyjamas en pilou, rassemblés dans une même chambre en conspirateurs, les enfants inventent leurs histoires. Les garçons embarquent sur des flibustiers assaillis par des vaisseaux pirates. Les filles se transforment en princesses égarées dans des forêts enchantées, sauvées des loups par de charmants princes à blancs destriers. On chuchote, on étouffe des rires. Sinon Mamy va dire qu'on s'énerve avant de dormir.

Dans la chambre s'élève une musique légère, imperceptible à l'oreille du commun des adultes. Une sonatine enfantine, un florilège de notes douces et acidulées. Autour des enfants se forme un étrange cercle : libellules argentées, colibris multicolores, coquillages irisés et étoiles de mer, ornithorynques et kangourous... Attirée par leurs récits merveilleux, la faune sous le charme tend l'oreille et n'en perd pas une miette. La lune et les étoiles, elles aussi, sont suspendues aux lèvres des petits.

Chuuut... ne les dérangez pas. C'est un moment magique et parfait.

lundi 5 mars 2012

Manuel conjugal à usage des hommes

En lisant le "Bréviaire de l'amour expérimental" de Jules Guyot (1807-1872), médecin dilettante de profession et inventeur malchanceux, j'y ai trouvé des informations intéressantes sur l'évolution des mœurs au 19e siècle. Bon, en fait c'est surtout un prétexte à sourire...

Le Bréviaire a été rédigé sous le second Empire, mais publié au début de la troisième République. Le prince Napoléon, George Sand ou l'archevêque de Reims (grand bien lui en fasse) eurent l'occasion de le lire. Pourtant, cet ouvrage reste méconnu.

Il peut être considéré comme le premier manuel conjugal de ce qu'on appellera plus tard la sexologie. Écrit à l'usage des jeunes hommes ignorants ou des maris maladroits, il dévoile l'art de provoquer "à coup sûr" la volupté chez la femme. Son auteur pense d'ailleurs "rendre un véritable service à l'humanité, en comblant cette lacune anatomique et physiologique de la médecine". Sacré visionnaire, ce Jules !

S'il préconise le plaisir dans le cadre du mariage (nous sommes quand-même au 19e siècle...), Jules Guyot prône clairement l'égal droit au plaisir pour l'homme et la femme. Des jugements qu'il érige au fil de son bréviaire, on peut retenir des passages savoureux :

"Tout homme, tout époux, qui procède dans l'ignorance de ces dispositions, est ridicule et méprisable.
Tout homme, tout époux qui, les connaissant, ose les braver, commet un attentat à la pudeur.
Toute femme qui, sans amour, sans désir, sans besoin, provoque les instincts de l'homme, est une prostituée.
Toute épouse incomprise qui sert passivement d'instrument fonctionnel à son époux est à la fois sainte et martyre ; mais son époux demeure un égoïste ou un sot".

En ce qui concerne ses conseils aux hommes, je vous invite à consulter le bréviaire, dont je ne peux décemment pas reproduire certains passages...  En fait, cela n'a rien de vraiment érotique, c'est un ouvrage tout à fait sérieux !

Maman est en cure

Joyeux anniversaire mon chéri !

Je n'ai pas trouvé d'autre carte, il n'y avait pas beaucoup de choix dans le hall de l'hôpital.
T'inquiètes pas, et ton frère non plus. J'essaye de bien manger, pour vite rentrer chez moi. J'ai rien à faire avec tous ces alcoolos ici.

Je t'embrasse,
maman.


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Pour Seb

mardi 28 février 2012

Torticolis melancolique

Vous connaissez le torticolis mélancolique ? Moi, ça faisait trois jours qu'il m'était tombé dessus. Sous le poids du mal, le cou avait résisté autant qu'il avait pu, le malheureux. Résisté au point de se raidir, jusqu'à ce que, crac, le coinçage. La mélancolie était bien installée. Vilaine.

Avec un torticolis mélancolique, c'est pas pratique de conduire. Alors, aller au cours de chant, ça prenait des allures d'épreuve paralympique. En même temps, j'avais bien travaillé mes chansons. "Je t'aime mélancolie" et "Le monde est stone". Dans un effort physique surhumain, je me suis donc propulsée jusqu'à mon véhicule, le cou enserré dans une minerve du plus bel effet. Si un jour quelqu'un a l'idée de fabriquer des minerves un peu jolies, je sais pas moi, avec motifs burberry ou vichy, ça pourrait être vraiment sympa.

Quand je suis arrivée au cours de chant, j'étais grognon. C'est douloureux le torticolis mélancolique. ça donne pas envie d'être gentil avec les autres. Tout le monde était là, manquait juste Katell qu'avait mal au dos. Elle s'écoute trop, Katell.

Isa notre prof nous a dit : "mettez-vous parterre sur les tapis, on va s'échauffer". Elle m'a regardée et m'a demandée : "ça va aller ?". "Ben oui, pour m'allonger", que j'ai répondu. "Après, pour me relever ...". J'ai pensé un instant qu'il me fallait peut-être une auxiliaire de vie.
Contre toute attente, j'ai survécu aux échauffements. Je dois même dire que j'ai ressenti comme un petit début de détente du corps. Pas miraculée, mais un peu mieux.

Puis on a commencé à chanter. Et c'est drôle, mais après les deux premières chansons, j'ai eu envie de retirer ma minerve. Du bien-être m'envahissait peu à peu par les poumons. J'étais moins grognon. J'ai recommencé à vanner Myriam, que j'appelle toujours Nadège (faut pas chercher pourquoi, c'est mon humour). J'ai charrié Marie, parce qu'elle avait la larme facile. Marie, c'est la benjamine du groupe. Elle aime Lara Fabian, Amel Bent et Calogero. A chaque fois que l'une d'entre nous réalise une interprétation émouvante, elle sort immuablement "holala, c'était trop fort, j'ai failli pleurer". Et puis je me suis fait un brin de causette avec Estelle. Je l'aime bien Estelle, elle est rock-n-roll.

22h00. Le cours est terminé. Une dernière clope dehors entre nous avant de se quitter. J'ai remis ma minerve, j'ai toujours un torticolis. Mais je crois que c'est plus un torticolis mélancolique.

mercredi 22 février 2012

Qui ne tente rien ...

La critique littéraire n’est pas chose facile pour moi. Je le rattache souvent à un exercice scolaire un peu fastidieux, qui me renvoie aux fiches de lecture du lycée. Pourtant, partager une lecture, donner envie à d’autres de s’y plonger en vaut la peine. Surtout quand cette lecture m’a fait réfléchir et m’a touchée.

C’est le cas de l’« Éloge du risque » d’Anne Dufourmantelle, philosophe et psychanalyste. Synonyme de danger, le risque est un mot qui fait peur. L’auteur renverse cet a priori dans son essai, où elle présente autant de situations dites risquées de la vie : la passion, l’inconnu, la révolution, la solitude… ou pas forcément considérées comme telles : la liberté, la parole, la beauté, l’avenir, l’enfance…

Certains chapitres sont ardus, d’autres d’une écriture épurée. C’est un livre que l’on ne lit pas d’une traite. Composé d’une cinquantaine de courts chapitres, on le prend, on le pose, on y revient. Ce qui m’a le plus marqué, c’est la poésie et la profondeur avec lesquelles Anne Dufourmantelle écrit. Je vous en donne un aperçu dans ce morceau choisi qui m'a particulièrement touché :

«Éprouver la déception suppose d’avoir cru à un monde magique, avec baguette de fée et ciel ouvert sur des dragons et des ciels abritant des créatures fantasques. C’est avoir joué le jeu, risqué cela et d’une certaine manière avoir perdu, mais sans regret d’y avoir cru. Si ce monde n’est pas la réalisation de ton rêve, il contient au moins ton attente, et ma promesse envers toi. (…) La déception appartient d’abord au monde de l’enfance. L’enfant est constamment déçu et toujours il se reprend à espérer, quel vaillant petit soldat ! Et ce mouvement d’attente malgré tout, le constitue jusque dans ses fibres, parce qu’il est presque entièrement et tout le temps espérance ».

Extrait de « Eloge du Risque » - Anne Dufourmantelle
Editions Payot, 2011

dimanche 19 février 2012

Joyeuse Sainte-Nicotine

4 semaines, 2 jours, 21 heures, 36 minutes et des poussières de secondes sans elle. Qu'est-ce qui m'avait donc pris ?

Bon, y avait bien le médecin qui me faisait les gros yeux, pas vraiment impressionnant. Les photos dégueus de tumeur de la gorge sur les paquets, j'en faisais la collec' comme les Panini. Tout le monde le sait, ça n'arrive qu'aux autres. Les prix qui ne cessent d'augmenter, j'étais prête à manger des patates. Contre l'haleine de hyène, je mastiquais joyeusement des Airwaves.

Non, moi ce qui avait fait clic dans ma cervelle enfumée, c'était les cours de chant. Je les ai commencés en septembre et je m'éclate. J'ai pas la voix de Whitney (R.I.P), mais peu importe. Un plaisir, vrai de vrai. Seulement voilà, la clope c'était mon poil à gratter. Un chat au fond du gosier, mais alors un persan à poils très longs. Je toussotais comme une tuberculeuse, sous les regards navrés de mes comparses. J'exagère à peine.

Alors j'ai dit stop, sur un coup de tête. J'ai dit au revoir à Nicotine la vieille copine. 20 ans d'une amitié sans faille, pourtant. Pas une dispute, pas une rupture. J'ai pas eu un seul regard pour nos souvenirs communs. Tous ces instants où elle m'avait accompagnée dans mes rêveries, mes discussions passionnées entre potes, mes pauses confidences avec les collègues.

C'était pas aussi dur que j'aurais cru. Je m'étais même dit que finalement, c'était peut-être une fausse amie, et moi une crapoteuse du dimanche. Et puis je trouvais ça cool, j'avais un alibi pour m'empiffrer. "Oui vous comprenez, j'ai arrêté de fumer...". Et là, vos hôtes de compatir en vous filant une deuxième portion de tiramisu fait maison. Avec un peu de chance, je pouvais même récupérer le reste dans un tupperware avant de partir.
Je retrouvais mon teint de jeune fille. Enfin, c'est ce que me disait mon beau miroir. "Oui, tu es la plus belle. L'Oréal va bientôt t'appeler pour la pub de sa prochaine crème hydratante. Parce que tu le vaux bien". Je l'aurais presque cru.
j'avais l'impression de retrouver un cinquième sens oublié depuis longtemps. "Ah, t'es allée fumer ! Qu'est-ce que tu pues la clope !". Oui, je commençais à cumuler les symptômes de l'ex-fumeuse.

Il a suffi d'une Saint-Valentin. Pourtant, j'étais pas toute seule. Enfin, je veux dire, j'étais pas avec Valentin, mais je buvais un canon avec ma copine Valentine. Une chance, Valentine, elle s'en fout de la Saint-Valentin. Oui, c'est plus facile quand on a un Valentin de ne pas lui souhaiter sa fête (aparté perfide). Bref, on était là à discuter tranquillement avec Valentine. Et puis elle m'a dit : "je te laisse 2 minutes, je vais m'en griller une". Et là, je sais pas ce qui m'a pris :
Réponse A : L'euphorie due à mes deux bières ?
Réponse B : L'envie de jouer avec le feu (du briquet) ?
Réponse C : Un sentiment de solitude ?
Réponse D : Une pulsion ?
Réponse E : Les quatre à la fois ?

En tout cas, j'ai suivi Valentine. L'air de rien, je lui ai dit "tu m'en files une ? T'inquiètes, je gère". Pffffff, je gère, tu parles. A la première bouffée, j'ai su qu'elle avait gagné. Y a pas eu de grandes effusions, entre Nicotine et moi. Juste un vieux couple qui se retrouve, avec ses petites habitudes.

C'est que Nicotine, elle est tenace. Ou alors c'est moi qui suis lâche ...

Lucy

PS : Valentine, tu n'y es pour rien. Bisous.


mercredi 15 février 2012

Les Affectifs Anonymes

On ne trouve pas de statistiques sur eux. L'INSEE ne doit pas les considérer comme dignes d'une étude sérieuse. Pourtant, leur population ne cesse d'augmenter. Symptôme de notre XXIe siècle ? Les affectifs errent sur les sites de rencontre, se perdent dans les speed-dating, dépérissent dans les after-work. Forcément déçus. Depuis trois ans, le docteur Loveless vient en aide à ces malades du coeur. Médecin psychiatre en retraite, il a ouvert pour eux "les Affectifs Anonymes" en région parisienne. Entretien.

- Docteur, comment définiriez-vous en quelques mots un affectif ?
- L'affectif est une personne dépendante, au même titre qu'un alcoolique ou qu'un drogué. Mais sa dépendance à lui n'est pas liée à une substance, ce sont les relations qu'il entretient avec autrui.
- Que recherche-t-il exactement ?
- J'ai mené de nombreux entretiens avec des patients avant d'en arriver à cette conclusion. Ils ont besoin d'amour.
- Découverte essentielle, en effet... Est-ce que ce sont des personnes qui ont manqué d'amour dans leur enfance ?
- Pas nécessairement. Un affectif peut rechercher l'amour qu'il n'a pas eu ou essayer de retrouver celui qu'on lui a prodigué généreusement.
- Quels sont les symptômes ?
- Je prendrai la boulimie en parallèle. L'affectif va se précipiter sur les sentiments avec avidité, sans prendre le temps de les savourer. Il n'est jamais rassasié.
- Et pour l'objet de son affection ?
- Hé bien, là, c'est rapidement l'indigestion ! Trop de nourritures affectives d'un seul coup, l'organisme le supporte rarement sur la durée.
- Que préconisez-vous aux "Affectifs Anonymes" ?
- La diète ! Je leur apprend à doser, mesurer, ce qu'ils ont dans leur coeur.
- Mais cela doit être terrible pour eux, non ?
- On n'a rien sans rien, vous savez. Ce qui compte, c'est l'envie d'avancer.
- Avez-vous obtenu des résultats positifs depuis le début de vos ateliers ?
- Oui, les chiffres parlent d'eux-mêmes : 7 mariages en vue, 4 pacs, et des belles histoires qui s'amorcent. Et puis, nous avons notre bébé "Affectif Anonyme" ! Un charmant petit garçon... Désiré.

Propos recueillis par Lucy S.